LES FEMMES MUSULMANES ONT-ELLES LE DROIT DE CONTRACTER LEUR PROPRE MARIAGE EN L’ABSENCE D’UN TUTEUR OU D’UN WALI ?

Le Tuteur ou Wali 

Nous pouvons affirmer avec fermeté que le concept de Wali ou de tutelle n'émane pas des textes scripturaires. 


L'origine du Terme Wali

C'est un pur produit de la jurisprudence islamique ou Fiqh qui signifie une construction humaine. Il s'agit donc d'un concept juridique qui symbolise à l'origine un soutien moral familial, mais qui, en raison du déclin de la pensée islamique d'aujourd'hui, s'est transformé en un pouvoir autoritaire.

Cette question reste, comme beaucoup d'autres, en l'absence d'un texte clair, sujet de différents points de vue d'érudits musulmans appartenant à différentes grandes écoles de droit islamiques. En effet, les premiers juristes musulmans avaient des opinions divergentes sur cette question et leurs arguments étaient solides mais jamais catégoriques.

Le Wali ou le représentant légal de la femme était avant tout compris comme un parent de la famille qui se charge de protéger les intérêts de la mariée en l'accompagnant et en la soutenant dans ses choix futurs. Ce n'est qu'avec le temps que certaines lectures misogynes ont dominé et donné au Wali un sentiment d'autorité patriarcale, de coercition et d'abus de pouvoir.

Les causes de cette idéologie patriarcale

Cela est dû au fait que certains juristes ont inventé le concept de "Wali" à l'époque du déclin de la civilisation islamique sous le nom abusif de "Wali jabri", qui signifie en Français " le gardien obligatoire". C'est grâce à cette appellation que au nom de la religion, certains égarés ont rendu légitime les abus juridiques tels que le mariage des enfants, le mariage sans le consentement de la mariée ou les mariages forcés et les mariages par procuration.

Tous ces "abus" qui étaient en contradiction avec les principes islamiques et les interprétations des premiers juristes ont fini par donner au wali un sens négatif qui dépasse son rôle supposé de protection des intérêts des femmes en la subordonnant et en la mettant sous tutelle, la rendant incapable de prendre ses propres décisions et la privant de ses droits fondamentaux.

Par ce processus, on peut comprendre comment la question du Wali était - et est toujours dans certains pays et dans certaines familles   l'un des "combats" des féministes laïques  qui considèrent ce concept comme une preuve supplémentaire du statut inférieur infligé aux femmes au nom de l'Islam, allant à l'encontre du message de paix et d'égalité de notre bien aimé prophète (saws).

Que disent les Ecoles juridiques à ce sujet

Il serait donc intéressant de parcourir les textes juridiques originaux afin de se faire une idée des différentes argumentations présentées par les différentes écoles de droit, et de découvrir la "signification" acceptable de leurs interprétations respectives, et dans quelle mesure la notion juridique de "Wali" a été abordée.

Pour résumer, il est important de savoir que pour les écoles Maliki et Shafi'i, l'approbation du tuteur est une condition nécessaire à la validité d'un mariage, alors que pour l'école Hanafi et dans une moindre mesure pour les Hanbali, l'autorisation du tuteur n'est pas une condition essentielle du mariage. En effet, pour les adeptes d'Abu Hanifa, la femme adulte et mûre peut signer son contrat de mariage sans consulter son tuteur.

On peut donc conclure que la permission et la présence du tuteur ne sont une obligation que si la fille n'a pas encore atteint la puberté, ou si l'un des époux, bien que mature, est mentalement handicapé.

L'avis du grand Savant Ibn Rushd

 Ibn Rushd qui traite de cette question cite des versets coraniques en faveur de la non-exigence du Wali. En effet, plusieurs versets coraniques montrent que la femme peut contracter son propre mariage.

"Alors il n'y a pas de reproche à vous faire pour ce qu'elles font d'elles-mêmes de manière acceptable (Ma'ruf)" Coran 2 ; 240. "Jusqu'à ce qu'elle épouse un autre mari que lui" Coran 2 ; 230.

Pour ce verset, qui parle de Ma'ruf ou de bons commandements, Ibn Rushd soutient que c'est la preuve que, tant que le choix de la femme reste dans les limites des convenances (Ma'ruf) et des bonnes manières, elle est autorisée à pactiser librement son mariage.

Ibn Rushd attire l'attention sur le fait que dans la Médina, de nombreuses femmes étaient seules - sans famille ni proches - et arrangeaient leurs contrats de mariage seules, sans la présence d'aucun tuteur. Il rappelle également que personne n'a rapporté que le Prophète était le tuteur de ces femmes seules. Il conclut que si le Wali est obligatoire pour les femmes de conclure leur propre contrat de mariage, le Coran en aurait parlé clairement et il indiquerait également le type et le degré de parenté de ce tuteur. Il rapporte également que le Prophète n'aurait pas laissé sa communauté dans un flou juridique  concernant les droits, les pouvoirs et les limites d'un tuteur.

Les fondamentaux d'un mariage islamique

En fait, la tradition du prophète n'est pas catégorique par rapport à cette question et c'est pourquoi les spécialistes en ont des interprétations différentes, parfois au point de ne pas être d'accord. Tout d'abord, tous les juristes s'accordent à affirmer que le mariage est un contrat entre deux personnes pour une vie commune. Par conséquent, leur consentement mutuel est essentiel et indispensable à la validité du contrat. C'est pourquoi, même pour les spécialistes qui parlent du recours obligatoire au tuteur, ce dernier ne peut en aucun cas contraindre la femme à épouser un homme contre sa volonté. Il s'agit d'un principe de base de l'Islam qui devrait toujours être présent à l'esprit, quel que soit le degré de divergence sur la présence ou l'absence obligatoire du tuteur. En effet, l'Islam garantit à la femme le droit d'accepter ou de refuser toute demande en mariage, et le tuteur reste dans tous les cas un "droit de la femme" qui existe pour la protéger, la soutenir et la défendre.

Contextualiser le principe de Wali à travers les époques

Nous ne devons pas oublier que toutes ces lois ont été conçues et stipulées dans le cadre du principe de liberté accordé par le Saint Coran durant lesquels les femmes vivaient dans une société Misogyne où les petites filles étaient enterrées vivantes. 

En effet, le principe de Wali prend son sens vis à vis  du  contexte de l'époque à travers des sociétés patriarcales où les femmes étaient souvent soumises à une culture de discrimination traditionnelle. Cela crée la nécessité d'un homme proche pour être le gardien dont la tâche première est censée être de protéger les intérêts de la femme

En ce qui concerne la tradition prophétique, et en l'absence d'un texte clair et des divergences des universitaires, on peut affirmer que toutes ces opinions sont acceptables et adaptables à notre contexte actuel, pour autant qu'elles respectent le principe de base qu'est la liberté de choix de la femme. Dans ce cas particulier, nous devons garder à l'esprit le célèbre hadith cité par Ibn Abbass, qui fait référence à la jeune femme qui est allée voir le prophète pour lui dire que son père l'avait forcée à se marier. Le Prophète lui a alors donné le choix de rester mariée ou d'annuler le contrat de mariage.

Nous pouvons, enfin, conclure en confirmant trois grands principes fondés sur cette analyse non exhaustive des législations juridiques :

1-La liberté de la femme de choisir son futur partenaire conjugal

2- Le refus de l'autorité familiale ou de tout autre type d'autorité qui entraverait le consentement volontaire des deux partenaires à se marier.

3- Il n'y a aucune preuve de la nécessité du consentement du Wali ou du tuteur, ni dans le Coran ni dans la tradition prophétique.

La liberté du choix de l'épouse

À ce niveau, il est important de préciser que le fait d'accorder cette liberté de choix ne signifie pas que les liens familiaux doivent être rompus, et que les parents et les proches n'ont pas le droit de conseiller la femme sur son futur mari. C'est ce que certains érudits qui sont contre l'obligation du Wali ont suggéré ; que la femme peut conclure son contrat de mariage seule et que personne ne doit lui interdire de choisir librement son partenaire, à condition qu'il ait la compétence et les bonnes manières.

Cela signifie avant tout que la femme est convaincue de son libre choix sans aucune pression négative de son entourage.

En fait, les textes sacrés et les interprétations juridiques classiques nous donnent une très grande marge d'interprétation pour légiférer et trouver des solutions dans chaque contexte particulier, en partant du principe que les deux partenaires ne seront pas soumis à des contraintes ou à des injustices. Ainsi, les gens peuvent choisir en fonction de leur situation l'avis juridique le plus approprié. C'est le cas de la réforme du Code de la famille au Maroc en 2004, où la présence du Wali est passée d'obligatoire à facultative. En d'autres termes, c'est à la femme de choisir si elle souhaite la présence d'un tuteur ou non. Nous entendons par tuteur ici celui que comprenaient les premiers érudits - un protecteur de ses intérêts - et non celui que l'on comprend aujourd'hui  qui représente une image de despotisme patriarcal.

Ce concept de Wali devrait être finalement lié à l'interprétation donnée par le Coran lui-même dans le verset qui dit :

"Les croyants et les croyantes sont des alliés ou des partisans (awliyaa ba'duhom min ba'd) les uns des autres, ils invitent au bien et conseillent contre le mal" Coran 9 ; 71

C'est cette compréhension qui devrait prévaloir : alliance, soutien, égalité entre les hommes et les femmes, qui valident librement, consciencieusement et avec confiance l'un des accords humains les plus importants ; celui d'une vie humaine commune, où construire une famille et vivre ensemble est le plus beau cadeau de la création.

Cet Article a été inspiré par les travaux de  Asma. L

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